L’efficacité énergétique requiert l’implication des particuliers

Le Crédoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie) a, dans sa dernière lettre Consommation et Modes de vie, souligné l’incapacité des politiques de promotion de l’efficacité et de la sobriété énergétique, à opérer une réduction des consommations.

 

Cette lettre intitulée « Sur le chemin de la sobriété énergétique : Engager les Français au-delà des écogestes », est parue en janvier 2014 et s’appuie sur les Chiffres de l’Observatoire Crédoc – Promotelec 2013. Elle analyse au cas par cas les obstacles rencontrés par la politique actuelle de réduction de la consommation énergétique des logements.

 

Elle relève que les mesures de diminution de la consommation énergétique ne suffiront pas à assurer l’accomplissement des objectifs imposés par le Paquet énergie climat. Le Crédoc rappelle que « l’ambition de faire régresser les consommations d’énergie suppose d’agir simultanément sur les technologies et les comportements ». Par cette phrase, c’est l’impuissance des mesures engagées à modifier les habitudes des particuliers, que le Crédoc dénonce.

 

Pour ce dernier l’« appel aux écogestes » et autres politiques d’incitation sont insuffisants et ne permettront pas au particulier de devenir « acteur » et de participer plus activement à la transition énergétique. Cependant, depuis 2010, la consommation énergétique est redescendue à son niveau du début des années 80 et se maintient.

 

Mais ce constat est loin d’assurer la réalisation de l’objectif national d’une baisse de 38% de la consommation énergétique dans les bâtiments résidentiels et bureaux d’ici à 2020.

 

Le Crédoc fait de la rénovation un objectif primordial, malgré la progression notable des systèmes de chauffage et d’isolation dans le neuf. Le parc français s’avère vieillissant et la consommation énergétique des habitations d’avant 1975 représente près du double de celle des habitations plus récentes. Ajoutons à cela que seule une minorité de propriétaires entreprennent des travaux de rénovation thermique, souvent minimes (double vitrage, isolation, etc) au vu des coûts de rénovation complète.

 

Face à ce bilan, l’isolation apparaît comme une solution privilégiée, « les français ont intériorisé très majoritairement la nécessité d’améliorer la qualité thermique de leur habitation pour réaliser des économies financières » ajoute le Crédoc. Les Chiffres révèlent que seul un tiers des français propriétaires (33%) seraient prêts à investir dans l’amélioration de leur logement. D’autre part, seuls 20% évoquent l’idée de travaux d’économies d’énergie, particulièrement pour la mise en place d’un système assurant une meilleure efficacité thermique (18%).

 

La recherche de confort et l’effet rebond ont comme conséquences d’accroître l’équipement en appareils électriques, tendance incompatible avec l’idée de sobriété énergétique. Concernant le confort thermique, les français semblent ouverts à des efforts de sobriété, notamment via l’adoption de la température de chauffage de 19°C dans les pièces de vie, température de chauffage retenue comme la norme. Néanmoins, la pratique montre que la moyenne se situe plutôt au dessus de 20°C, voire 21°C dans les habitations récentes. Il s’agit de « l’effet rebond », l’efficacité thermique présentée par les constructions récentes (maisons BBC, immeubles HQE) pousse les occupants à consommer plus au lieu d’économiser l’énergie.

 

En parallèle, interrogés sur les questions d’innovation, les Français se montrent peu enclins à adopter les avantages de l’automatisation et de la régulation des systèmes dans leur logement. En effet, 14% sont favorables à un investissement dans la domotique, mais seuls 2% d’entre eux ont déjà franchi le pas, une réalité à mettre sur le compte de l’inertie du parc de logements.

 

La cas des bureaux présente un engouement plus marqué (30% des entreprises occupent des locaux dotés de systèmes de chauffage, de ventilation, d’éclairage et de climatisation) mais les salariés ne manifestent que peu d’intérêt pour les contraintes liées à ces nouveaux bâtiments performants. Ce qui conduit à une consommation située bien en deçà des performances réelles affichées à la conception, « La conception technicienne voit l’occupant comme un usager passif, au lieu de l’intégrer comme un acteur central du pilotage de la performance énergétique » ajoute le Crédoc.

 

L’urbanisme durable n’est pas encore suffisamment connu et répandu, seuls 21% des Français sont familiers d’un quartier durable ou « écoquartier », qui privilégie l’économie d’énergie, d’eau, le recyclage des déchets, etc. L’enquête va même plus loin et révèle que les écoquartiers n’attirent pas, seul un tiers des Français (31%) envisagent un emménagement dans un écoquartier comme possible en cas de déménagement. Le Crédoc estime que « Comme pour les bâtiments HQE, les écoquartiers construisent des ensembles à haute ambition technologique, sans ménager aux collectifs d’habitants la possibilité d’être acteur du fonctionnement des bâtiments et des circulations ».

 

Toutefois, à cette conception « top-down » se substitue la conception « bottom-up » qui désigne des opérations élaborées à partir d’un collectif d’occupants formé avant la réalisation du projet, tels que l’habitat participatif, les écovillages ou éco-hameaux.

 

En définitive, la sobriété passera d’abord par l’innovation sociale, mobilisant des collectifs d’habitants aussi bien que des collectifs de salariés. Seule cette mobilisation permettra une vision générale de l’ampleur des changements nécessaires en matière de consommation énergétique.

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